Guide d'Étude : Éléments Fondamentaux d'Algèbre
Sources utilisées : Texte copié-collé fourni par l'utilisateur, Transcription audio de la conférence.
Introduction 📚
Ce guide d'étude est conçu pour t'aider à maîtriser les concepts fondamentaux de l'algèbre, incluant les groupes, les corps et les espaces vectoriels. Ces structures sont les piliers de nombreuses branches des mathématiques, de la physique et de la chimie théoriques. Nous explorerons les notations clés, les définitions, les propriétés essentielles et les démonstrations qui sous-tendent ces concepts.
1. Notations Clés en Algèbre 📝
Comprendre les notations est la première étape pour naviguer dans le monde de l'algèbre. Voici une liste des symboles et ensembles couramment utilisés :
-
Opérateurs Logiques et Définitions :
□: Indique la fin d'une démonstration.∀: "Pour tout" (quantificateur universel).∃: "Il existe" (quantificateur existentiel).:: "On a" ou "tel que" (selon le contexte).|: "Tel que" (souvent utilisé dans les définitions d'ensembles).:=: "Est défini par".
-
Opérations de Somme et Produit :
∑_{i=1}^{n} a_i: La somme desntermesa_1, ..., a_n(a_1 + a_2 + ... + a_n).∏_{i=1}^{n} a_i: Le produit desnfacteursa_1, ..., a_n(a_1 a_2 ... a_n).
-
Relations d'Ensembles :
A ⊆ B: L'ensembleAest inclus ou égal à l'ensembleB.A ⊂ B: L'ensembleAest strictement inclus à l'ensembleB.
-
Ensembles de Nombres Fondamentaux :
ℕ: L'ensemble des entiers naturels.ℕ₀: L'ensemble des entiers naturels non nuls.ℤ: L'ensemble des entiers relatifs.ℝ: L'ensemble des nombres réels.ℝ⁺: L'ensemble des réels positifs (incluant zéro).ℝ⁺₀: L'ensemble des réels strictement positifs.ℂ: L'ensemble des nombres complexes.
-
Notations Spécifiques :
δᵢⱼ: Le symbole de Kronecker. Défini parδᵢⱼ = 1sii = j, et0sii ≠ j(pour touti, j ∈ ℕ).z*: Le conjugué du nombre complexez. Siz = a + bi, alorsz* = a - bi(oùa, b ∈ ℝ).ℝⁿ: L'ensemble desn-uplets de nombres réels.{(a₁, ..., aₙ) | aᵢ ∈ ℝ ∀i=1,...,n}.ℂⁿ: L'ensemble desn-uplets de nombres complexes.{(z₁, ..., zₙ) | zᵢ ∈ ℂ ∀i=1,...,n}.C⁰([a,b],ℝ): L'ensemble des fonctions continues à valeurs réelles et de domaine[a,b].
-
Notations en Algèbre Linéaire :
V: Un espace vectoriel.Vⁿ: Un espace vectoriel de dimension finien ∈ ℕ₀.x̄: Un vecteurx.Vec(x̄₁, ..., x̄ₙ): Le sous-espace vectoriel engendré par les vecteursx̄₁, ..., x̄ₙ.Xₑ: La matrice colonne des composantes dex̄ ∈ Vⁿdans la baseedeVⁿ.ker A: Le noyau de l'application linéaireA.Im A: L'image de l'application linéaireA.σ(A): Le spectre de l'opérateur linéaire ou de la matriceA.L(V,W): L'espace vectoriel des applications linéaires de l'espace vectorielVdans l'espace vectorielW.L(V): L'espace vectoriel des applications linéaires de l'espace vectorielVdans lui-même (L(V,V)).A†: L'adjointe de l'application linéaire ou de la matriceA.det A: Le déterminant de l'opérateur linéaire ou de la matrice carréeA.tr(A): La trace de l'opérateur linéaire ou de la matrice carréeA.(A)ᵢⱼ: L'élément de la matriceAsitué dans lai-ième ligne et dans laj-ième colonne de la matriceA.Aᵀ: La transposée de la matriceA.A*: La matrice conjuguée de la matriceA.Iₙ: La matrice identité d'ordren.
Chapitre 1 : Groupes et Corps 🌍
1.1 Intérêt des Groupes et Corps 💡
La notion de groupe est fondamentale en algèbre. Elle est indispensable pour définir les concepts de corps et d'espaces vectoriels. Au-delà des mathématiques pures, les groupes jouent un rôle crucial dans l'étude des symétries, ce qui les rend très utilisés en physique et chimie théoriques. Les corps, quant à eux, fournissent le cadre numérique sur lequel les espaces vectoriels sont construits.
1.2 Groupes ✅
1.2.1 Définition d'un Groupe 📚
Une structure (G, ∗) est un groupe si l'ensemble G (non vide) est muni d'une loi de composition interne ∗ (partout définie, c'est-à-dire ∗ : G × G → G : (x, y) → x ∗ y) qui vérifie les propriétés suivantes :
- Associativité :
(x ∗ y) ∗ z = x ∗ (y ∗ z)pour tousx, y, z ∈ G.- Note : Grâce à l'associativité, on peut écrire
x ∗ y ∗ zsans ambiguïté.
- Note : Grâce à l'associativité, on peut écrire
- Existence d'un Neutre : Il existe un élément
n ∈ Gtel quex ∗ n = n ∗ x = xpour toutx ∈ G. (nest appelé le neutre pour la loi∗). - Existence d'un Symétrique : Pour tout
x ∈ G, il existe un élémentx' ∈ Gtel quex ∗ x' = x' ∗ x = n. (x'est appelé le symétrique dexpour la loi∗).
1.2.2 Définition d'un Groupe Commutatif 📚
Un groupe (G, ∗) est dit commutatif (ou abélien) si la loi ∗ est commutative, c'est-à-dire si :
x ∗ y = y ∗ x pour tous x, y ∈ G.
Si un groupe n'est pas commutatif, il est dit non commutatif.
1.2.3 Remarques 💡
- Simplification pour les groupes commutatifs : Pour prouver qu'un élément est le neutre, il suffit de vérifier
x ∗ n = x(oun ∗ x = x). De même, pour le symétrique,x ∗ x' = n(oux' ∗ x = n) est suffisant. - Notations usuelles :
- Si la loi
∗est une addition (+), le neutre est souvent noté0et le symétrique dexest noté-x(appelé opposé). On parle alors du groupeGau lieu de(G,+). - Si la loi
∗est une multiplication (., ou absence de symbole), le neutre est noté1et le symétrique dexest notéx⁻¹(appelé inverse).
- Si la loi
1.2.4 Propriétés d'Unicité 1️⃣2️⃣
Ces propriétés sont fondamentales car elles garantissent la cohérence de la structure de groupe.
-
Un groupe possède un unique neutre.
- Démonstration :
- L'existence d'un neutre découle de la définition d'un groupe.
- Prouvons son unicité. Soit
(G, ∗)un groupe quelconque etn₁,n₂ ∈ Gdeux neutres pour la loi∗. - Par définition d'un neutre,
n₁ ∗ n₂ = n₁(carn₂est un neutre). - Aussi,
n₁ ∗ n₂ = n₂(carn₁est un neutre). - Par conséquent,
n₁ = n₂.
- 💡 Stratégie de Démonstration : Pour prouver l'unicité d'un élément ayant une certaine propriété, on suppose l'existence de deux tels éléments et on montre qu'ils sont nécessairement égaux. C'est une technique courante en mathématiques.
- Démonstration :
-
Chaque élément d'un groupe possède un unique symétrique.
- Démonstration :
- L'existence d'un symétrique pour chaque élément découle de la définition d'un groupe.
- Prouvons son unicité. Soit
(G, ∗)un groupe quelconque,n ∈ Gle neutre pour la loi∗,x ∈ Getx',x'' ∈ Gdeux symétriques dexpour la loi∗. Il nous faut montrer quex' = x''. x'' = x'' ∗ n(carnest le neutre)x'' = x'' ∗ (x ∗ x')(carx'est un symétrique dex)x'' = (x'' ∗ x) ∗ x'(car la loi∗est associative)x'' = n ∗ x'(carx''est un symétrique dex)x'' = x'(carnest le neutre)
- 💡 Stratégie de Démonstration : Similaire à l'unicité du neutre, on suppose deux symétriques et on utilise les axiomes du groupe (neutre, associativité, symétrique) pour montrer leur égalité. La clé est de "dérouler" les définitions et propriétés pas à pas.
- Démonstration :
1.2.5 Propriétés Élémentaires 1️⃣2️⃣3️⃣4️⃣
Soit un groupe (G, ∗) dont le neutre est noté n.
-
Simplifiabilité : Pour tous
x, y, z ∈ G, on a :x ∗ z = y ∗ z ⇔ x = y(simplifiabilité à droite)z ∗ x = z ∗ y ⇔ x = y(simplifiabilité à gauche)- Démonstration (simplifiabilité à droite) :
- Montrons l'implication directe (
⇒). Soitx, y, z ∈ Gtels quex ∗ z = y ∗ z. Soitz'le symétrique dez. (x ∗ z) ∗ z' = (y ∗ z) ∗ z'(par égalité des membres gauches)x ∗ (z ∗ z') = y ∗ (z ∗ z')(par associativité)x ∗ n = y ∗ n(carz'est le symétrique dez)x = y(carnest le neutre)- L'implication réciproque (
⇐) est évidente (six=y, alorsx*z=y*z).
- Montrons l'implication directe (
- 💡 Stratégie de Démonstration : Pour la simplifiabilité, l'astuce est de "multiplier" par le symétrique de l'élément à simplifier, en utilisant l'associativité et la propriété du neutre.
-
Symétrique d'un produit : Pour tous
x, y ∈ G, le symétrique dex ∗ yest donné pary' ∗ x', oùx'(resp.y') est le symétrique dex(resp.y).- Démonstration :
- On doit montrer que
(x ∗ y) ∗ (y' ∗ x') = net(y' ∗ x') ∗ (x ∗ y) = n. (x ∗ y) ∗ (y' ∗ x') = x ∗ (y ∗ y') ∗ x'(associativité)= x ∗ n ∗ x'(définition du symétriquey')= x ∗ x'(définition du neutren)= n(définition du symétriquex')- La preuve pour
(y' ∗ x') ∗ (x ∗ y) = nest similaire.
- On doit montrer que
- 💡 Stratégie de Démonstration : Il s'agit de vérifier la définition du symétrique pour l'élément
(x*y). On utilise l'associativité pour regrouper les termes et faire apparaître le neutre.
- Démonstration :
-
Solution unique de
a ∗ x = b: Pour tousa, b ∈ G, l'équationa ∗ x = badmet comme unique solutionx = a' ∗ b, oùa'est le symétrique dea.- Démonstration : (Voir séances d'exercices)
- 💡 Piste pour la Démonstration : Pour l'existence, substitue
x = a' ∗ bdans l'équation et utilise les propriétés du groupe. Pour l'unicité, suppose deux solutionsx₁etx₂, et montre qu'elles sont égales en utilisant la simplifiabilité.
-
Solution unique de
x ∗ a = b: Pour tousa, b ∈ G, l'équationx ∗ a = badmet comme unique solutionx = b ∗ a', oùa'est le symétrique dea.- Démonstration : Similaire à la propriété précédente.
1.2.6 Exemples de Groupes Commutatifs ✅
(ℤ, +),(ℚ, +),(ℝ, +),(ℂ, +)avec l'addition usuelle.(ℚ\{0}, ·),(ℝ\{0}, ·),(ℂ\{0}, ·)avec la multiplication usuelle.(ℤₙ, ⊕)oùℤₙ = {0, 1, ..., n-1}eta ⊕ b =le reste de la division de(a+b)parn.
1.2.7 Exemples de Groupes Non Commutatifs ⚠️
- Pour
n ≥ 2, l'ensemble des matrices réelles d'ordreninversibles, notéGLₙ(ℝ), muni de la multiplication matricielle usuelle. - Soit
Eun ensemble non vide etBₑl'ensemble des bijections deE. La structure(Bₑ, ◦)où(f ◦ g)(x) = f[g(x)]pour tousf, g ∈ Bₑet toutx ∈ E.
1.3 Corps ✅
1.3.1 Définition d'un Corps 📚
La structure (K, +, .) est un corps si l'ensemble K (non vide) est muni de deux lois internes + (addition) et . (multiplication) telles que :
- La structure
(K, +)est un groupe commutatif. - La structure
(K\{0}, .)est un groupe, où0désigne le neutre pour l'addition. - La loi
.est distributive par rapport à la loi+, c'est-à-dire :(x + y)z = xz + yzz(x + y) = zx + zypour tousx, y, z ∈ K.- Note : Le produit
x.yest souvent notéxy.
1.3.2 Définition d'un Corps Commutatif 📚
La structure (K, +, .) est un corps commutatif (ou champ) si (K, +, .) est un corps et si la loi . est commutative. Si un corps n'est pas commutatif, il est dit non commutatif.
1.3.3 Exemples de Corps ✅
- Les structures
(ℚ, +, .),(ℝ, +, .)et(ℂ, +, .)avec les lois usuelles sont des corps commutatifs. - La structure
(ℤₙ, ⊕, ⊗)est un corps commutatif lorsquenest un nombre premier. (⊕est l'addition modulon,⊗est la multiplication modulon).
1.3.4 Propriétés Élémentaires 1️⃣2️⃣3️⃣
Soit un corps (K, +, .).
-
Produit par zéro : Pour tout
a ∈ K, on a0a = a0 = 0.- Démonstration :
- Pour tout
a ∈ K,0a = (0 + 0)a(car0est le neutre pour l'addition). 0a = 0a + 0a(par distributivité).- En ajoutant l'opposé de
0aà chaque membre (ou par simplifiabilité dans le groupe(K,+)), on obtient0 = 0a. - La preuve de
a0 = 0est similaire.
- Pour tout
- 💡 Stratégie de Démonstration : Utilise la propriété du neutre de l'addition et la distributivité. La simplifiabilité dans le groupe
(K,+)est cruciale pour isoler le0.
- Démonstration :
-
Produit par l'opposé : Pour tous
a, b ∈ K, on a(-a)b = a(-b) = -(ab).- Note :
-(ab)est souvent noté simplement-ab. - Démonstration :
ab + (-a)b = (a + (-a))b(par distributivité)= 0b(-aest l'opposé dea)= 0(par la propriété précédente0b=0)- Ceci implique que
(-a)best l'opposé deab, donc(-a)b = -(ab). - De même,
ab + a(-b) = a(b + (-b)) = a0 = 0, ce qui impliquea(-b) = -(ab).
- 💡 Stratégie de Démonstration : Montre que
(-a)b(oua(-b)) est l'opposé deaben utilisant la distributivité et la propriété0x=0.
- Note :
-
Solution unique de
ax + b = 0: Pour tousa, b ∈ Kaveca ≠ 0, l'équationax + b = 0admet comme unique solutionx = -a⁻¹b.- Démonstration : (Voir séances d'exercices)
- 💡 Piste pour la Démonstration : Isole
axpuis multiplie par l'inverse dea(qui existe cara ≠ 0). L'unicité découle de l'unicité de l'inverse et de l'opposé.
Chapitre 2 : Espaces Vectoriels 📊
2.1 Introduction 💡
L'algèbre linéaire se concentre principalement sur l'étude des espaces vectoriels et des applications linéaires. Nous allons d'abord explorer l'espace vectoriel réel ℝⁿ comme prototype, avant de généraliser le concept.
2.2 L'Espace Vectoriel Réel ℝⁿ ✅
2.2.1 Définition d'une Liste ou d'un n-uple 📚
Une liste de longueur n (ou n-uple) est un ensemble ordonné de n éléments, séparés par des virgules et entourés de parenthèses. Deux listes sont égales si elles ont la même longueur et les mêmes éléments dans le même ordre.
2.2.2 L'Ensemble Cartésien ℝⁿ 📚
L'ensemble cartésien ℝⁿ est défini comme l'ensemble de tous les n-uplets de réels :
ℝⁿ = {x̄ = (x₁, ..., xₙ) | x₁, ..., xₙ ∈ ℝ}.
Le réel xᵢ est appelé la i-ème composante du n-uple.
2.2.3 Égalité dans ℝⁿ 📚
Deux éléments de ℝⁿ, x̄ = (x₁, ..., xₙ) et ȳ = (y₁, ..., yₙ), sont dits égaux si leurs composantes sont égales deux à deux :
x̄ = ȳ ⇔ ∀i=1,...,n : xᵢ = yᵢ.
2.2.4 Addition dans ℝⁿ 📚
L'addition dans ℝⁿ, notée ⊕, est définie par :
⊕ : ℝⁿ × ℝⁿ → ℝⁿ : (x̄, ȳ) → x̄ ⊕ ȳ := (x₁ + y₁, ..., xₙ + yₙ).
x̄ ⊕ ȳ est la somme de x̄ et ȳ.
2.2.5 Commutativité de l'Addition dans ℝⁿ ✅
L'addition dans ℝⁿ est commutative : pour tous x̄, ȳ ∈ ℝⁿ, x̄ ⊕ ȳ = ȳ ⊕ x̄.
- Démonstration :
- Soit
x̄ = (x₁, ..., xₙ)etȳ = (y₁, ..., yₙ). x̄ ⊕ ȳ = (x₁ + y₁, ..., xₙ + yₙ)(définition de⊕)= (y₁ + x₁, ..., yₙ + xₙ)(commutativité de l'addition dansℝ)= ȳ ⊕ x̄(définition de⊕)
- Soit
- 💡 Stratégie de Démonstration : La preuve repose sur la définition de l'addition dans
ℝⁿet sur la propriété correspondante (commutativité, associativité, etc.) des nombres réels.
2.2.6 L'Élément 0̄ (Neutre) ✅
Le n-uple 0̄ := (0, ..., 0) est le neutre pour l'addition dans ℝⁿ :
x̄ ⊕ 0̄ = 0̄ ⊕ x̄ = x̄ pour tout x̄ ∈ ℝⁿ.
- Démonstration : (Voir séances d'exercices)
- 💡 Piste pour la Démonstration : Applique la définition de l'addition dans
ℝⁿet la propriété du neutre0dansℝ.
2.2.7 Opposé d'un n-uple de Réels ✅
Le n-uple x̄' = (-x₁, ..., -xₙ) ∈ ℝⁿ est l'opposé de x̄ = (x₁, ..., xₙ) ∈ ℝⁿ (le symétrique de x̄ pour l'addition) :
x̄ ⊕ x̄' = x̄' ⊕ x̄ = 0̄.
- Démonstration : (Voir séances d'exercices)
- 💡 Piste pour la Démonstration : Applique la définition de l'addition dans
ℝⁿet la propriété de l'opposé dansℝ.
2.2.8 Associativité de l'Addition dans ℝⁿ ✅
L'addition dans ℝⁿ est associative : pour tous x̄, ȳ, z̄ ∈ ℝⁿ, x̄ ⊕ (ȳ ⊕ z̄) = (x̄ ⊕ ȳ) ⊕ z̄.
- Démonstration : (Voir séances d'exercices)
- 💡 Piste pour la Démonstration : Similaire à la commutativité, utilise la définition de l'addition dans
ℝⁿet l'associativité de l'addition dansℝ.
2.2.9 Propriété : (ℝⁿ, ⊕) est un Groupe Commutatif ✅
Des sections précédentes, on déduit que la structure (ℝⁿ, ⊕) est un groupe commutatif.
2.2.10 Multiplication d'un n-uple de Réels par un Réel 📚
La multiplication, notée ⊙, d'un n-uple de réels par un réel est définie par :
⊙ : ℝ × ℝⁿ → ℝⁿ : (α, x̄) → α ⊙ x̄ := (αx₁, ..., αxₙ).
α ⊙ x̄ est le produit de α et x̄.
2.2.11 Propriétés Fondamentales 1️⃣2️⃣3️⃣4️⃣
Pour tous x̄, ȳ ∈ ℝⁿ et tous α, β ∈ ℝ, on a :
-
Associativité de la multiplication scalaire :
α ⊙ (β ⊙ x̄) = (αβ) ⊙ x̄. -
Distributivité scalaire sur l'addition scalaire :
(α + β) ⊙ x̄ = (α ⊙ x̄) ⊕ (β ⊙ x̄).- Démonstration :
- Soit
x̄ = (x₁, ..., xₙ). Pour tousα, β ∈ ℝ: (α + β) ⊙ x̄ = ((α + β)x₁, ..., (α + β)xₙ)(définition de⊙)= (αx₁ + βx₁, ..., αxₙ + βxₙ)(distributivité dansℝ)= (αx₁, ..., αxₙ) ⊕ (βx₁, ..., βxₙ)(définition de⊕)= (α ⊙ x̄) ⊕ (β ⊙ x̄)(définition de⊙)
- Soit
- 💡 Stratégie de Démonstration : Comme pour l'addition, ces preuves reposent sur l'application des définitions des opérations dans
ℝⁿet des propriétés correspondantes dansℝ.
- Démonstration :
-
Distributivité scalaire sur l'addition vectorielle :
α ⊙ (x̄ ⊕ ȳ) = (α ⊙ x̄) ⊕ (α ⊙ ȳ). -
Neutre de la multiplication scalaire :
1 ⊙ x̄ = x̄.
2.2.12 Remarque sur les Notations 💡
Par souci de simplicité, l'addition dans ℝⁿ (⊕) est souvent notée +, et la multiplication scalaire (⊙) est souvent notée . ou simplement par juxtaposition (αx̄). Le contexte permet généralement d'éviter toute confusion.
2.3 Espaces Vectoriels 📊
2.3.1 Définition d'un Espace Vectoriel 📚
Soit K un corps commutatif et V un ensemble non vide muni d'une loi d'addition vectorielle + : V × V → V : (x̄, ȳ) → x̄ + ȳ et d'une loi de multiplication par un scalaire · : K × V → V : (α, x̄) → αx̄.
La structure (V, +, ·) est un espace vectoriel sur K si les huit axiomes suivants sont vérifiés :
- Axiome 1 (Associativité de l'addition vectorielle) :
∀x̄, ȳ, z̄ ∈ V : (x̄ + ȳ) + z̄ = x̄ + (ȳ + z̄). - Axiome 2 (Existence d'un neutre pour l'addition vectorielle) :
∃0̄ ∈ V | ∀x̄ ∈ V : x̄ + 0̄ = x̄. - Axiome 3 (Existence d'un symétrique pour l'addition vectorielle) :
∀x̄ ∈ V, ∃(-x̄) ∈ V | x̄ + (-x̄) = 0̄. - Axiome 4 (Commutativité de l'addition vectorielle) :
∀x̄, ȳ ∈ V : x̄ + ȳ = ȳ + x̄. - Axiome 5 (Associativité de la multiplication) :
∀x̄ ∈ V et ∀α, β ∈ K : α(βx̄) = (αβ)x̄. - Axiome 6 (Distributivité mixte) :
∀x̄ ∈ V et ∀α, β ∈ K : (α + β)x̄ = αx̄ + βx̄. - Axiome 7 (Distributivité vectorielle) :
∀x̄, ȳ ∈ V et ∀α ∈ K : α(x̄ + ȳ) = αx̄ + αȳ. - Axiome 8 (Neutre de la multiplication scalaire) :
∀x̄ ∈ V : 1x̄ = x̄(où1est le neutre de la multiplication dansK).
💡 Note sur les Axiomes :
- Les quatre premiers axiomes signifient que
(V, +)est un groupe commutatif. - Le neutre pour l'addition vectorielle (
0̄) est unique, et chaque vecteur possède un unique symétrique (-x̄). - L'ordre des axiomes peut varier selon les auteurs. L'important est de comprendre leur signification et leur rôle.
2.3.2 Remarques sur le Vocabulaire et les Notations 💡
- Abus de langage : On parle souvent de "l'espace vectoriel
V" au lieu de "l'espace vectoriel(V, +, ·)". - Type d'espace vectoriel : Si
K = ℝ,Vest un espace vectoriel réel. SiK = ℂ,Vest un espace vectoriel complexe. - Scalaires et Vecteurs : Les éléments de
Ksont des scalaires, ceux deVsont des vecteurs (souvent notés avec une barrex̄). - Neutre et Opposé :
0est le neutre de l'addition dansK,1est le neutre de la multiplication dansK.0̄est le vecteur nul (neutre de l'addition vectorielle).-x̄est l'opposé du vecteurx̄. - Soustraction :
x̄ - ȳest une notation pourx̄ + (-ȳ). - Symboles surchargés :
+et.peuvent désigner des opérations dansKou dansVselon le contexte.
2.3.3 Propriétés Élémentaires 1️⃣2️⃣
-
Simplifiabilité : Pour tous
x̄, ȳ, z̄ ∈ V, on a :x̄ + z̄ = ȳ + z̄ ⇔ x̄ = ȳ(simplifiabilité à droite)z̄ + x̄ = z̄ + ȳ ⇔ x̄ = ȳ(simplifiabilité à gauche)- Note : Ces propriétés découlent directement du fait que
(V, +)est un groupe commutatif.
-
Opposé d'une somme : Pour tous
x̄, ȳ ∈ V, l'opposé dex̄ + ȳest(-x̄) + (-ȳ).- Note : Cette propriété découle également du fait que
(V, +)est un groupe commutatif.
- Note : Cette propriété découle également du fait que
2.3.4 Exemples d'Espaces Vectoriels ✅
Soit K un corps commutatif.
Kⁿ: L'ensemble desn-uplets d'éléments deK, muni des lois d'addition et de multiplication scalaire composante par composante, est un espace vectoriel surK. Ex:(ℝⁿ, +, ·)est un espace vectoriel réel,(ℂⁿ, +, ·)est un espace vectoriel complexe.ℂⁿsurℝ: L'ensembleℂⁿmuni de l'addition usuelle et de la multiplication par un scalaire réel est un espace vectoriel réel.Kⁿˣᵐ(Matrices) : L'ensemble des matrices à coefficients dansK, comportantnlignes etmcolonnes, muni de l'addition matricielle et de la multiplication scalaire matricielle, est un espace vectoriel surK.Vˣ(Fonctions) : L'ensemble des fonctions d'un ensemble non videXdansV(un espace vectoriel surK), muni de l'addition de fonctions(f+g)(x) = f(x)+g(x)et de la multiplication scalaire(αf)(x) = αf(x), est un espace vectoriel surK. Un cas important est l'ensemble des fonctions réelles d'une variable réelle.Kᴺ(Suites) : L'ensemble des suites d'éléments deK, muni de l'addition et de la multiplication scalaire terme par terme, est un espace vectoriel surK.K[x](Polynômes) : L'ensemble des polynômes (en une variable) à coefficients dansK, muni de l'addition de polynômes et de la multiplication scalaire, est un espace vectoriel surK.
2.3.5 Propriétés 1️⃣2️⃣3️⃣4️⃣5️⃣6️⃣
Soit V un espace vectoriel sur K.
-
0̄par scalaire0: Pour toutx̄ ∈ V, on a0x̄ = 0̄.- Démonstration :
x̄ = 1x̄(Axiome 8)= (1 + 0)x̄(0est le neutre pour l'addition dansK)= 1x̄ + 0x̄(Axiome 6)= x̄ + 0x̄(Axiome 8)- Comme le neutre du groupe commutatif
(V, +)est unique, on en déduit0x̄ = 0̄.
- 💡 Stratégie de Démonstration : Utilise les axiomes de l'espace vectoriel pour manipuler l'expression
x̄et faire apparaître0x̄. La propriété d'unicité du neutre est la clé de la conclusion.
- Démonstration :
-
0̄par tout scalaire : Pour toutλ ∈ K, on aλ0̄ = 0̄.- Démonstration :
λ0̄ + 0̄ = λ0̄(0̄est le neutre pour l'addition dansV)= λ(0̄ + 0̄)(0̄est le neutre pour l'addition dansV)= λ0̄ + λ0̄(Axiome 7)- En utilisant la propriété de simplifiabilité à gauche dans
(V,+), on en déduitλ0̄ = 0̄.
- 💡 Stratégie de Démonstration : Similaire à la précédente, mais en manipulant
λ0̄et en utilisant l'axiome 7 et la simplifiabilité.
- Démonstration :
-
Si
λx̄ = 0̄avecλ ≠ 0, alorsx̄ = 0̄.- Démonstration :
x̄ = 1x̄(Axiome 8)= λ⁻¹λx̄(λ⁻¹existe carλ ≠ 0etKest un corps)= λ⁻¹(λx̄)(Axiome 5)= λ⁻¹0̄(carλx̄ = 0̄)= 0̄(par la propriété 2 de cette section)
- 💡 Stratégie de Démonstration : Utilise l'existence de l'inverse du scalaire
λdans le corpsKet les axiomes de l'espace vectoriel.
- Démonstration :
-
Si
λx̄ = 0̄avecx̄ ≠ 0̄, alorsλ = 0.- Démonstration : Procédons par l'absurde. Supposons que
λ ≠ 0. La propriété précédente impliquerait alorsx̄ = 0̄, ce qui contredit notre hypothèsex̄ ≠ 0̄. Par conséquent,λ = 0. - 💡 Stratégie de Démonstration : C'est une démonstration par l'absurde, s'appuyant sur la propriété précédente.
- Démonstration : Procédons par l'absurde. Supposons que
-
Si
λx̄ = λȳ, alorsλ = 0oux̄ = ȳ.- Démonstration : (Voir séances d'exercices)
- 💡 Piste pour la Démonstration : Réécris l'équation comme
λx̄ - λȳ = 0̄, puisλ(x̄ - ȳ) = 0̄. Utilise ensuite la propriété 4.
-
(-λ)x̄ = λ(-x̄) = -(λx̄). En particulier,(-1)x̄ = -x̄.- Démonstration : (Voir séances d'exercices)
- 💡 Piste pour la Démonstration : Montre que
(-λ)x̄est l'opposé deλx̄en montrant que leur somme est0̄. Fais de même pourλ(-x̄). Utilise les axiomes de distributivité et la propriété0x̄ = 0̄.
2.4 Combinaisons Linéaires ➕
2.4.1 Définition d'une Combinaison Linéaire 📚
Une combinaison linéaire (en abrégé : combili) des vecteurs v̄₁, ..., v̄ₘ de V est un vecteur de la forme :
λ₁v̄₁ + ... + λₘv̄ₘ,
où λ₁, ..., λₘ ∈ K. Les scalaires λ₁, ..., λₘ sont appelés les coefficients de la combinaison linéaire.
2.4.2 Définition d'une Combinaison Linéaire Unique 📚
Soit v̄₁, ..., v̄ₘ ∈ V. Le vecteur x̄ ∈ V est une combinaison linéaire unique des vecteurs v̄₁, ..., v̄ₘ s'il existe un unique m-uple (λ₁, ..., λₘ) ∈ Kᵐ tel que x̄ = λ₁v̄₁ + ... + λₘv̄ₘ.
2.4.3 Exemples 💡
- Dans
ℝ³,(2,1,0)est une combinaison linéaire unique de(1,1,1)et(0,-1,-2)car(2,1,0) = 2(1,1,1) + 1(0,-1,-2). Il n'est pas une combinaison linéaire de(1,1,1)et(2,2,0). - Dans
ℝ²,(1,2)est une combinaison linéaire de(1,0),(0,1)et(1,1), mais elle n'est pas unique :(1,2) = 1(1,0) + 2(0,1) + 0(1,1) = 0(1,0) + 1(0,1) + 1(1,1). - Dans l'espace vectoriel
ℝᴿ(fonctions réelles),f(x) = cos(2x),g(x) = cos²(x),h(x) = sin²(x).fest une combinaison linéaire unique degethcarf = 1g + (-1)h(puisquecos(2x) = cos²(x) - sin²(x)).
2.5 Sous-Espaces Vectoriels (SEV) 🌳
2.5.1 Définition d'un Sous-Espace Vectoriel 📚
Un sous-ensemble W de V est un sous-espace vectoriel de V si :
West non vide.∀x̄, ȳ ∈ W : x̄ + ȳ ∈ W(fermeture par addition).∀λ ∈ K, ∀x̄ ∈ W : λx̄ ∈ W(fermeture par multiplication scalaire).
💡 Conditions équivalentes :
- La condition (i) peut être remplacée par
(i') 0̄ ∈ W(où0̄est le vecteur nul deV). - Les conditions (ii) et (iii) peuvent être remplacées par la condition unique
(ii') ∀λ, μ ∈ K, ∀x̄, ȳ ∈ W : λx̄ + μȳ ∈ W.
2.5.2 Exemples de Sous-Espaces Vectoriels ✅
- Les ensembles
{0̄ ∈ V}etVsont des sous-espaces vectoriels deV, qualifiés de triviaux. {(x₁,x₂,x₃,x₄) ∈ ℝ⁴ | x₁ + x₂ + x₃ + x₄ = 0}est un SEV deℝ⁴.- L'ensemble des fonctions réelles de classe
Cᵏest un SEV deℝᴿ. - Les ensembles de fonctions réelles paires et impaires sont des SEV de
ℝᴿ. - Les ensembles de matrices symétriques et antisymétriques sont des SEV de
ℝⁿˣⁿ. - L'ensemble
Kₙ[x]des polynômes de degré strictement inférieur ànest un SEV deK[x].
2.5.3 Exemples de Parties qui ne sont pas des Sous-Espaces Vectoriels ⚠️
{(x₁,x₂,x₃,x₄) ∈ ℝ⁴ | x₁ + x₂ + x₃ + x₄ = 1}n'est pas un SEV car il ne contient pas le vecteur nul(0,0,0,0).{(x,y) ∈ ℝ² | y = x²}n'est pas un SEV car il contient(1,1)mais pas(-1)(1,1) = (-1,-1).
2.5.4 Théorème 1 sur les Sous-Espaces Vectoriels 📚
Soit W une partie non vide de V. W est un sous-espace vectoriel de V si et seulement si toute combinaison linéaire de vecteurs de W appartient à W.
- Démonstration :
- Implication directe (
⇒) : SiWest un SEV, alors par définition, il est fermé sous l'addition et la multiplication scalaire. Toute combinaison linéaireλ₁w̄₁ + ... + λₘw̄ₘpeut être construite en appliquant ces deux propriétés de manière répétée. Par exemple,λ₁w̄₁ ∈ W,λ₂w̄₂ ∈ W, doncλ₁w̄₁ + λ₂w̄₂ ∈ W, et ainsi de suite. - Implication réciproque (
⇐) : Si toute combinaison linéaire de vecteurs deWappartient àW, alors :West non vide (par hypothèse du théorème).- Pour
x̄, ȳ ∈ W,x̄ + ȳ = 1x̄ + 1ȳest une combinaison linéaire, doncx̄ + ȳ ∈ W. - Pour
λ ∈ K, x̄ ∈ W,λx̄ = λx̄est une combinaison linéaire, doncλx̄ ∈ W. - Ainsi,
West un SEV.
- 💡 Stratégie de Démonstration : L'implication directe est une application directe des définitions. L'implication réciproque utilise le fait que l'addition et la multiplication scalaire sont des cas particuliers de combinaisons linéaires.
- Implication directe (
2.5.5 Théorème 2 sur les Sous-Espaces Vectoriels 📚
La partie W de V est un sous-espace vectoriel de V si et seulement si W, muni des mêmes lois d'addition vectorielle et de multiplication par un scalaire que V, est un espace vectoriel sur K.
- Démonstration :
- Implication directe (
⇒) : SiWest un SEV, alorsWest non vide et les lois sont internes àW. Les axiomes 1, 4, 5, 6, 7, 8 d'un espace vectoriel sont vérifiés automatiquement car les éléments deWsont aussi dansV. Les axiomes 2 (0̄ ∈ W) et 3 (-x̄ ∈ W) sont vérifiés par les conditions équivalentes de la définition d'un SEV (0̄ ∈ Wet-x̄ = (-1)x̄ ∈ W). - Implication réciproque (
⇐) : Si(W, +, ·)est un espace vectoriel, alorsWest non vide (axiome 2), et les loi…
- Implication directe (








